Jean Prabonnaud : de la gestion au grain, l’étudiant tout-terrain

 

À 20 ans, Jean termine son BUT GEA avec une certitude : il ne passera pas sa vie assis derrière un bureau. En alternance chez Kawa Coffee à Nantes, cet étudiant de l’option GEMA a troqué les clichés de la comptabilité pour l’univers sensoriel et exigeant du café de spécialité. Entre théorie universitaire et réalité du terrain, portrait d’un futur entrepreneur qui a trouvé son rythme de croisière.

 

Il est à peine 9 heures du matin quand on pousse la porte de Kawa Coffee, à Nantes. C’est ici, au milieu du bruit des machines et des sacs de grains importés du bout du monde, que Jean Prabonnaud a posé ses valises il y a un an. Alors que ses camarades de promotion sont peut-être en train de s’installer devant un cours magistral de contrôle de gestion ou de droit, lui est déjà sur le pont. Pas le temps de traîner. Dans une petite structure, chaque matinée est une nouvelle course contre la montre et c’est exactement ce qui lui plaît.

Un gestionnaire qui ne tient pas en place

Au sein de cette petite équipe de six personnes, Jean est très loin de l’image classique de l’alternant en gestion qu’on imagine souvent cantonné à faire des photocopies, classer des dossiers ou saisir des lignes de chiffres toute la journée. Son titre officiel est « Chargé d’affaires », mais dans la réalité, ce titre ne veut pas dire grand-chose tant ses missions sont variées. Il est plutôt le couteau suisse indispensable de l’entreprise : « C’est un rôle très polyvalent, on ne reste pas assis », explique-t-il avec une énergie qui fait plaisir à voir. Dans une start-up, la frontière entre les postes est souvent floue. Il n’y a pas de cases rigides. Une heure, il est au téléphone pour prospecter de nouveaux clients professionnels, affûtant ses arguments commerciaux comme un vendeur expérimenté. L’heure suivante, changement de décor : il enfile une tenue plus décontractée pour aller réparer en urgence une machine à café récalcitrante chez un client ou file livrer des stocks à l’autre bout de Nantes. Ce rythme effréné pourrait en effrayer certains. Il faut être capable de passer d’un sujet à un autre en une seconde, de gérer les imprévus, le stress des livraisons, et les demandes des clients. Mais pour Jean, c’est un véritable moteur. « J’aime être en extérieur, bouger, voir du monde », confie ce sportif qui pratique le tennis et la course à pied. Rester enfermé ? Impossible pour lui. Il a besoin d’action. C’est cette adrénaline du terrain qui lui permet de supporter la fatigue naturelle qui vient avec le rythme intense de l’alternance.

Jean Prabonnaud, au cœur de l’atelier Kawa à Nantes (Crédit photo : Alban Flichy)

Du « jus de chaussette » à l’expert militant

Pourtant, si on remonte deux ans en arrière, rien ne prédestinait cet étudiant nantais à devenir un expert de la torréfaction. Il l’avoue d’ailleurs sans problème, avec beaucoup d’honnêteté : avant d’arriver ici, sa culture café se limitait au filtre de sa grand-mère. « Du jus de chaussette », plaisante-t-il aujourd’hui. Il ne faisait pas la différence entre un Arabica et un Robusta, et le café n’était pour lui qu’un moyen de se réveiller le matin.

Son entrée en BUT GEA visait d’ailleurs un tout autre objectif : la rigueur des chiffres et la finance. « En première année, je voulais faire l’option GC2F (Finance), mais la comptabilité pure m’a découragé », raconte-t-il. Il a besoin de plus de vie, de plus de concret. Le déclic se fait lorsqu’il change de voie pour le parcours GEMA (Gestion Entrepreneuriat et Management d’Activités). C’est un peu par hasard, au détour d’une annonce sur LinkedIn, que l’opportunité Kawa se présente. Il ne le sait pas encore, mais il s’apprête à se découvrir une passion pour un produit. Fini le café industriel avalé à la va-vite à la machine de l’IUT, qu’il regarde désormais avec une grimace polie. Jean a complètement éduqué son palais.

« C’est un rôle très polyvalent,

on ne reste pas assis. »

Mais plus que le goût, c’est sa conscience économique qui a changé. Il parle désormais avec passion de la différence immense entre un grain standard et un café de spécialité. « Derrière le café industriel, il y a souvent des conditions difficiles pour les fermiers. Le café de spécialité valorise le travail et la traçabilité », analyse-t-il avec maturité. Cette prise de conscience transforme son travail. Quand il vend du café, il n’a pas l’impression de juste vendre un produit, mais de défendre une certaine vision du commerce, plus juste, plus éthique et plus qualitative. C’est une dimension militante qu’il n’avait pas imaginée en s’inscrivant en gestion.

L’entrepreneuriat en ligne de mire

Aujourd’hui, Jean navigue avec une aisance déconcertante entre ses deux mondes. Les compétences académiques apprises à l’IUT tel que la facturation, le marketing, la logistique, ne sont plus des concepts abstraits notés sur une copie d’examen, mais des outils concrets qu’il utilise tous les jours pour faire tourner la boutique. Il comprend pourquoi on lui a appris tout ça. Cependant, l’alternance lui a apporté ce que l’IUT ne pouvait pas lui offrir : l’autonomie, la débrouillardise et la gestion du risque.

Alors que la fin du BUT approche, l’étudiant voit déjà plus loin que le diplôme. Il vise désormais un Master en école de commerce, toujours sous le format de l’alternance, pour continuer à apprendre en faisant. Mais l’expérience Kawa a semé une graine qui commence à germer dans son esprit : celle de l’indépendance. « Je me verrais bien créer mon business plus tard », glisse-t-il. C’est une ambition logique pour celui qui a su transformer une simple opportunité de stage en une véritable vocation professionnelle.

Dates clés 

  • Septembre 2023 : Entrée en BUT GEA à Nantes, voulant s’orienter dans une filière comptable.
  • Septembre 2024 : Le grand saut. Il débute son alternance chez Kawa Coffee. « C’est là que j’ai découvert le vrai goût du café », et par extension, le goût du travail en start-up.

Alban Flichy